RESSOURCES HUMAINES: LE MONDE DU TRAVAIL EN TRANSITION

C’est à l’occasion de sa participation au Congrès international francophone des ressources humaines des 25 et 26 juin derniers à Paris que Recursimo, spécialiste de l’interculturel au Brésil, a choisi de vous retranscrire les principaux extraits du discours d’ouverture de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental.

RH1

Lors du Congrès international francophone des ressources humaines, qui s’est tenu à Paris le mois dernier, ce sont quelques 800 DRH venus de toutes formes d’entreprises francophones qui assistaient au nouvel esprit qui souffle sur la profession pour contribuer à un thème prometteur : « De la société de la performance à la société de l’épanouissement ».

En guise d’introduction, Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental, a d’abord rappelé les conclusions du Forum économique mondial de janvier dernier qui considérait que «ce n’est ni la guerre, ni le terrorisme, mais la dislocation sociale qui nous menace». Le « Je pense, donc je suis » de Descartes, source d’une croyance en la toute puissance de l’homme sur la nature, nous aurait incité à croire que le progrès allait tout régler, par méconnaissance de nos limites. Aujourd’hui, notre rapport à l’autre et au temps s’est profondément dégradé depuis que l’on est passé des cols bleus aux cols blancs et à la robotisation. Et pour conséquence, une Europe qui s’auto-flagelle, en rejetant l’autre au lieu d’inciter á une mobilisation collective.

Constat d’un ratage économique

Quelques chiffres ont suffi pour rappeler la gravité du propos :
– 1% de la population mondiale possède 55% des richesses.
– la plupart des familles américaines ne peut faire face à 400 dollars de dépenses imprévues.
– Mille milliards de dollars injectés par les banques centrales, déconnectées de l’économie, ont rendu caduque tout espoir de rééquilibrage économique.

Pour conclure, « le 21e siècle, que l’on pensait spirituel, mène à une perte d’altérité et d’intériorité, le monde de la rencontre avec l’autre se transforme en échanges télématiques au dépend de l’empathie et de l’altérité. Ainsi, chacun d’entre nous doit gérer l’excès d’information, mais dans cette tempête, personne ne peut concilier ses besoins élémentaires et spirituels : acquérir du bien ne fait pas des hommes de bien… »

Selon Jean-Paul Delevoye, la France qui rate engendre un échec et une perte d’intelligence collective. La cause en est une recherche première du profit lorsqu’il écrase l’individu. En effet, à chaque fois que l’on humilie, on instille le venin de la violence intérieure, et les pays pauvres se sentent humiliés par l’arrogance des pays riches. Or l’humiliation des peuples est une bombe sociale difficile à maîtriser.

Dans ce contexte quelle est la mission des ressources humaines ? En 2015, Jean-Paul Delevoye soutient que les DRH devraient avoir peur de l’énergie perdue dans un monde qu’ils collaborent à rendre anxiogène. Il affirme qu’ils doivent être des avocats du bonheur plutôt que de se contenter d’entériner le malheur.

Le regard dans les étoiles

photo site

Pour Jean-Paul Delevoye, nous avons besoin d’un choc psychologique pour changer et agir dans le sens d’une moralisation de l’économie car la plus-value passe par l’épanouissement et non par la destruction humaine.
Il fait appel à tous pour contribuer à un 21e siècle de la sagesse, qui abandonne l’exploitation aveugle de la planète et des ressources humaines, qui promeuve une société de la performance basée sur l’être au lieu de s’engluer dans une société de la compétition et du paraître, où l’esthétique prend le pas sur le tout, et l’événementiel sur l’essentiel.
La voie est de passer d’une société du chacun pour soi à une société du chacun pour tous, en bâtissant des solidarités qui épousent les fractures individuelles.

Les pieds sur terre, une désobéissance qui réussit

photo site 2

De façon plus pragmatique, la mission des RH est de gérer humainement les ressources. Un salarié est un individu avec un parcours de vie, quelqu’un qui est père, mère, qui doit se loger, qui a des deuils et souvent des dettes. Les RH doivent en tenir compte pour qu’un salarié ait une qualité de vie qui lui permette de s’investir dans son travail.

Dans cette mission, les RH doivent pouvoir s’appuyer non seulement sur des managers, mais aussi des leaders qui sachent créer les conditions de la motivation, de l’estime de soi, et une appétence pour la réalisation de leurs missions. L’entreprise a besoin de ces leaders qui aident chacun à se relier aux grandes problématiques humaines de la mort et du sens de la vie.

Du côté de l’innovation, ces conseils sont loin d’être feutrés : pour remettre en cause un système qui dysfonctionne, le conférencier appelle à une désobéissance qui réussit. Et cela malgré l’héritage culturel des Français, dont le lien à l’autorité est né d’une monarchie avec un roi et des sujets, qui les transforme aujourd’hui en salariés assujettis à leurs chefs. Ainsi, pour mettre le cap sur les étoiles, il est essentiel de ne pas avoir peur de la confrontation, de la résistance et du conflit, qui sont les clés pour transformer les entreprises. Enfin, pour libérer les initiatives, sources d’innovation, il est essentiel de supprimer les différences statutaires, sources d’inhibition collective.

Le contexte brésilien

RH2

Recursimo pose alors la question : Dans le contexte interculturel franco-brésilien, comment ce discours peut nous inspirer ? Aujourd’hui, malgré les poches de violence engendrées par les profondes inégalités économiques et sociales, les Brésiliens restent culturellement attachés à une proximité sociale dans l’entreprise où ils apportent une culture affective et un réel respect des personnes, dans un mouvement de saine réaction à une histoire douloureuse.

Dès lors, comment pouvons-nous avec eux conserver ces marques d’humanisme dans l’entreprise, que l’Europe réclame aujourd’hui, consciente des dégâts d’une productivité aux revers désastreux ? Comment communiquer nos outils de gestion tout en respectant des valeurs culturelles différentes, dont le message est une réponse aux nouvelles souffrances au travail que connaissent la plupart des salariés du monde occidental ?

Ces interrogations, Recursimo se les pose avec une éthique respectueuse de l’humain et de la diversité culturelle, tout en sachant que la meilleure des réponses s’inscrit dans une co-création au quotidien avec chaque client, chaque collaborateur et chaque partenaire. Par ailleurs, le mouvement des entreprises libérées innove et ces recherches méritent toute notre attention car le monde du travail de demain est en pleine reconstruction.

RECURSIMO (www.lepetitjournal.com – Brésil) lundi 27 juillet 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *