ENQUÊTE INTERCULTURELLE SUR LE MANAGEMENT FRANCO-BRÉSILIEN

Dans la communauté française du Brésil, il se dit de plus en plus qu’il n’est pas si facile de travailler avec des Brésiliens..mais les Brésiliens aussi parlent de leur vie au travail avec les Français… Du coup, Recusimo, notre entreprise de conseil et de formation, a voulu en savoir plus et a pris l’initiative de réaliser une enquête auprès de quelques 400 managers français au Brésil: quelles difficultés, quelles richesses a-t-on à travailler ensemble? Pour aller droit au but, les principales questions étaient: « que reprochez-vous aux collaborateurs ou managers brésiliens? » « Qu’appréciez- vous chez eux? » « Comment se passe la relation en termes d’efficacité, de stress, de plaisir? »

Cette enquête a été réalisée par courriel, en respectant l’anonymat des personnes.

L’objectif était de mieux connaître les besoins en formation, pour apporter des solutions aux éventuels problèmes. Nous savons que tout salarié, et je pourrais dire toute famille, qui revient en France après une expatriation ‘ratée’, c’est-à-dire douloureuse, coûte en moyenne 200 000 euros par an à l’employeur. Sans oublier la réintégration souvent difficile pour tous les membres de la famille, qui subissent le choc culturel du retour, souvent décrit par Pia Granjon Lecerf dans son blog*

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Les responsables Français apprécient chez leurs collaborateurs Brésiliens principalement leur bonne volonté en général (40% des réponses) et leur désir d’apprendre (20%). Ils leur reprochent à 80% de l’ensemble des aspects négatifs : le manque d’implication dans l’entreprise (dans le sens de manque de fidélité), des négligences et oublis, et le manque de rigueur dans l’organisation. Sur une question touchant à l’organisation, 50 % des managers français jugent que leurs collègues brésiliens ne savent pas gérer le temps, et quelque 30% dénoncent un manque généralisé d’organisation.

Les français apprécient à quelque 70% les qualités relationnelles des brésiliens: gentillesse, capacité à créer un bon climat de travail, serviabilité et flexibilité. Les 30 % restants sont le fait, considérés comme un défaut, que les Brésiliens ne sauraient pas dire « non » ni « je ne sais pas », et qu’ils feraient preuve « d’immaturité » tout en étant volontiers « revendicateurs ».

Bien sûr ces jugements sont fonction de l’expérience et des valeurs de chacun, et dépendent du cadre de référence des uns et des autres. Pour mieux l’apprécier, nous avons demandé aux managers français comment ils se voient.

Ils se perçoivent à 44% sérieux, efficaces, professionnels et rigoureux, et se jugent « arrogants et râleurs » à 25% (le reste des caractéristiques nombreuses et variées étant dilué et peu représentatif). On peut donc penser que leur propre modèle de professionnalisme est pris comme référence quand ils jugent les Brésiliens. Et quel est-il ? L’obtention des résultats dans le respect des délais, des coûts, de la qualité. À noter qu’en cela nous sommes loin des critères choisis par le roi du Bhoutan, qui en 1972, a remplacé la notion de PIB par celle de Bonheur National Brut.

Que peut on en déduire ?

Les responsables français jugent leur management plutôt efficace, même s’ils constatent qu’il est dans 40 % des cas « autoritaire, archaïque et paternaliste », et qu’il ne permet pas d’obtenir de réels résultats en matière de gestion du temps. Ils pensent aussi qu’ils manquent eux-mêmes de formation, et pour 50 % d’entre eux qu’ils ont du mal à gérer un stress relativement dommageable.

Le cercle vicieux de la pression au travail serait le suivant: les facteurs de stress issus des brésiliens (gestion du temps, organisation…) se combinent avec la pression du Siège français amplifiée par le « manque de connaissance du terrain ». Ce stress est répercuté aussitôt par les managers sur leurs collègues. Ceux-ci se sentent agressés et réagissent à la pression par des attitudes de passivité – voire de fuite -, ce qui accentue le stress de leurs collègues Français, et le tout tend à se terminer par une vision négative réciproque.

Les Français recommandent des formations pour les Brésiliens, pour les aider à respecter les délais, être ponctuels, plus rigoureux, et capables de se positionner: dire « non » etc.

Pour eux-mêmes, il disent vouloir mieux gérer leur stress, et mieux se repérer dans les théories du management : quel type de management adopter pour être plus performant avec les brésiliens ? Certains ont spontanément légitimé cette vision en disant que « bien managés, les brésiliens pouvaient avoir une productivité supérieure à celle des français ».

Chez Recursimo, nous pensons que cette question des « défauts » résulte d’une vision un peu caricaturale mais parlante des difficultés rencontrées dans l’interculturalité.

Les deux nationalités ont valorisé la richesse de la rencontre. Sachant que les questions culturelles sont des variables peu flexibles appartenant à des identités collectives fortes et respectables, il serait bon d’apprendre à vivre et travailler ensemble; car le naturel ne suffit pas toujours.

Les Brésiliens apprécient le professionnalisme des Français, les Français apprécient l’aptitude relationnelle des brésiliens, et tous apprécient le plaisir d’être ensemble. Conjuguer ces dispositions mérite d’être travaillé. Notre performance ne peut être uniquement technique, elle dépend aussi de notre capacité à savoir prendre soin au quotidien de nos relations et à savoir gérer nos différences culturelles.

La connaissance et l’acceptation des identités culturelles respectives comme les formations en management interculturel, le coaching, la gestion du temps et du stress font partie des réponses possibles, de manière à conforter ce que nous avons certainement tous expérimenté: le plaisir de travailler ensemble, mais aussi le plaisir comme moteur d’efficacité.

 

Françoise Donant, Recursimo, spécialiste de l’interculturel

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